Glossaire · Écologie

Rongeurs réservoirs

Espèces de rongeurs sauvages porteuses chronique d'un hantavirus, sans symptôme apparent. Le réservoir du virus Andes est le rongeur Oligoryzomys longicaudatus (colilargo) en Patagonie.

Aussi appelé : rongeur réservoir, réservoir animal, Oligoryzomys longicaudatus, colilargo Écologie

Les rongeurs réservoirs sont les espèces de rongeurs sauvages qui hébergent naturellement les hantavirus. Chez ces animaux, l'infection est chronique et asymptomatique : le virus se réplique sans causer de maladie, mais est excrété en permanence dans l'urine, les fèces et la salive. C'est le contact humain avec ces déjections qui constitue la voie principale de contamination. Pour le virus Andes, le réservoir est le colilargo (Oligoryzomys longicaudatus) de Patagonie.

Notion de réservoir animal

Définition

En épidémiologie, un réservoir est une espèce hôte chez laquelle un agent infectieux se maintient durablement et qui constitue la source de transmission vers d'autres espèces, en particulier l'humain. Pour les hantavirus, les réservoirs sont presque exclusivement des rongeurs sauvages, avec une règle d'association stricte : chaque souche virale a son réservoir spécifique, fruit d'une longue co-évolution.

Diversité

L'OMS et la communauté scientifique recensent plus de 80 espèces hôtes d'hantavirus à l'échelle mondiale : 51 espèces de rongeurs (les principales), 7 de chiroptères et 20 de soricomorphes (musaraignes, taupes). Cette diversité explique pourquoi de nouveaux hantavirus continuent d'être identifiés régulièrement, à mesure que la surveillance des populations animales sauvages se développe.

Le colilargo, réservoir du virus Andes

Description

Oligoryzomys longicaudatus, le colilargo (« longue queue »), est un petit rongeur sigmodontiné endémique de la cordillère des Andes méridionale. Son aire de répartition s'étend du sud du Pérou à la Terre de Feu, en passant par le Chili et l'Argentine. Il colonise des habitats variés : forêts tempérées humides, steppes patagoniennes, lisières de zones agricoles et péri-domestiques.

Cycles démographiques

La densité de population du colilargo varie fortement, principalement en fonction des cycles de prolifération du bambou Chusquea (espèces valdiviensis, culeou…). Ce bambou andéen fleurit massivement et de manière synchronisée tous les 60 à 70 ans, produisant des graines en quantités énormes qui constituent une ressource alimentaire majeure pour les rongeurs. La prolifération massive qui suit (« ratada » en espagnol) peut multiplier les densités par 100 et coïncide historiquement avec des pics de cas humains de syndrome pulmonaire à hantavirus.

Cas marquants

En 1990, plus d'un million d'hectares de Chusquea valdiviensis ont fleuri simultanément au Chili, déclenchant une explosion démographique du colilargo et l'apparition de cas humains. C'est dans ce contexte que le virus Andes a été identifié pour la première fois quelques années plus tard. L'épidémie d'Epuyén en 2018-2019 (Argentine) a été précédée d'une augmentation locale des densités de rongeurs.

Réservoirs des autres hantavirus principaux

Souche Réservoir Localisation
Andes (ANDV) Oligoryzomys longicaudatus (colilargo) Patagonie argentine et chilienne
Sin Nombre Peromyscus maniculatus (souris sylvestre) Amérique du Nord (ouest des États-Unis)
Hantaan Apodemus agrarius (mulot rayé) Asie de l'Est
Séoul Rattus norvegicus (rat surmulot) Mondial (zones urbaines)
Puumala Myodes glareolus (campagnol roussâtre) Europe du Nord
Dobrava Apodemus flavicollis (mulot à collier) Balkans

Conséquences pour la surveillance et la prévention

One Health

L'approche One Health promue par l'OMS, la FAO et l'OMSA intègre la surveillance des populations de rongeurs réservoirs comme un pilier de la prévention des hantaviroses humaines. Les indicateurs suivis incluent : densité des populations sentinelles, séroprévalence virale chez les rongeurs capturés, conditions climatiques et écologiques favorables aux pics de prolifération, modélisation prédictive du risque saisonnier.

Pour le grand public

Limiter l'exposition aux rongeurs sauvages est la mesure de prévention principale : étanchéité des bâtiments (boucher les trous), stockage hermétique des aliments, nettoyage prudent des espaces où les rongeurs ont pu pénétrer (cave, grenier, dépendance), avec pulvérisation préalable d'eau de Javel diluée et port d'un masque FFP2/N95. Les rongeurs domestiques courants des villes européennes (souris, rats surmulots) ne portent pas le virus Andes, mais le rat surmulot peut véhiculer le virus Séoul.

Pour les voyageurs

Les voyageurs en zone endémique (Patagonie argentine et chilienne notamment) sont invités à éviter les hébergements rustiques fermés depuis longtemps et susceptibles d'être colonisés par des rongeurs, et à privilégier des hébergements ventilés et nettoyés récemment. C'est la voie probable de contamination des premiers patients du MV Hondius, vraisemblablement infectés avant l'embarquement lors de séjours en Amérique du Sud.

Chiffres clés

Normes et références

  • OMS — One Health — Approche intégrée santé humaine, animale, environnementale, qui inclut la surveillance des populations de rongeurs réservoirs.

Questions fréquentes

Tous les rongeurs portent-ils l'hantavirus ?

Non. Seules certaines espèces de rongeurs sauvages sont des réservoirs d'hantavirus, et chaque souche virale est généralement associée à une espèce hôte unique. Les rongeurs domestiques courants (souris domestique Mus musculus, rat surmulot Rattus norvegicus en zone urbaine) ne sont pas porteurs du virus Andes. Le rat surmulot peut en revanche transmettre le virus Séoul (responsable de FHSR) à l'échelle mondiale.

Quel rongeur porte le virus Andes ?

Le réservoir principal du virus Andes est le rongeur Oligoryzomys longicaudatus, communément appelé colilargo (« longue queue » en espagnol). C'est un petit rongeur sigmodontiné endémique de la cordillère des Andes méridionale, du sud du Pérou jusqu'à la Terre de Feu. Sa densité de population varie fortement selon les cycles de prolifération du bambou Chusquea.

Pourquoi les rongeurs réservoirs ne sont-ils pas malades ?

L'infection chez le rongeur hôte est chronique et asymptomatique : c'est le résultat d'une longue co-évolution sur plusieurs millions d'années entre le virus et son réservoir. Le système immunitaire du rongeur tolère le virus sans le détruire, et celui-ci se réplique silencieusement dans plusieurs organes. L'animal excrète le virus pendant toute sa vie dans ses urines, fèces et salive, sans jamais présenter de symptômes.

Le changement climatique influence-t-il le risque ?

Oui, indirectement. Des études en Patagonie argentine montrent que la distribution spatiale du colilargo est sensible aux scénarios de changement climatique. La modification des précipitations (effet El Niño) et la prolifération cyclique des bambous influencent les densités de rongeurs et donc le risque humain. La prolifération massive (« ratada ») qui a suivi la floraison des bambous au Chili en 1990 a coïncidé avec un pic de cas humains.

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