Le mot hantavirus est revenu dans l'actualité française avec l'épisode du navire d'expédition MV Hondius en mai 2026. Le virus en cause, le virus Andes, est l'un des hantavirus les plus dangereux pour l'humain. Mais qu'est-ce qu'un hantavirus, au juste ? D'où vient-il, comment se transmet-il, et faut-il s'en inquiéter au quotidien ?
Cet article répond aux questions essentielles, à partir des données vérifiées de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), du Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC) et des Centers for Disease Control and Prevention (CDC).
Définition : un virus du règne animal
Un hantavirus est un virus appartenant au genre Orthohantavirus, dans la famille Hantaviridae et l'ordre Bunyavirales. C'est un virus à ARN segmenté (trois segments codant pour la nucléocapside, les glycoprotéines d'enveloppe et la polymérase). On en connaît aujourd'hui 37 espèces reconnues par le Comité international de taxonomie des virus (ICTV).
Sa caractéristique principale est d'infecter naturellement des animaux sauvages — surtout des rongeurs, parfois des chiroptères et des soricomorphes — sans provoquer chez eux de maladie apparente. C'est une infection chronique et asymptomatique chez l'animal hôte. Mais quand le virus passe à l'humain, il peut provoquer des maladies graves, voire mortelles.
Une longue co-évolution avec les rongeurs
Chaque souche d'hantavirus est généralement strictement associée à une espèce hôte unique. Le virus Hantaan vit dans le mulot rayé d'Asie. Le virus Puumala se trouve dans le campagnol roussâtre en Europe. Le virus Andes, lui, est porté par le colilargo (Oligoryzomys longicaudatus), un rongeur de la cordillère andine. Cette spécificité est le résultat d'une co-évolution sur plusieurs millions d'années.
Cette règle a une conséquence pratique : la distribution géographique des hantaviroses humaines reflète celle des rongeurs réservoirs. Les régions tempérées et froides à forte densité de rongeurs forestiers sont les plus exposées : Asie de l'Est, Scandinavie, Patagonie argentine et chilienne, Amérique du Nord rurale.
Comment se transmet un hantavirus ?
Voie principale : les déjections de rongeurs
La très grande majorité des contaminations humaines suit le même scénario : un rongeur porteur excrète le virus dans son urine, ses fèces et sa salive. Quand un humain perturbe ces matériaux — en balayant à sec un local fermé, en aspirant une cabane abandonnée, en nettoyant un grenier — il met en suspension des particules fines (aérosols) qui peuvent atteindre les alvéoles pulmonaires en cas d'inhalation.
C'est pour cette raison que le CDC recommande explicitement de ne pas balayer à sec ni d'aspirer un espace susceptible d'être contaminé par des déjections de rongeurs. La méthode correcte est de pulvériser une solution diluée d'eau de Javel (1 volume pour 9 volumes d'eau), de laisser agir 5 minutes, puis d'essuyer avec un papier absorbant.
Une exception : le virus Andes et la transmission inter-humaine
Parmi les 37 espèces d'hantavirus, une seule est connue pour une transmission inter-humaine documentée : le virus Andes. Cette particularité a été démontrée par des études épidémiologiques publiées dans le New England Journal of Medicine après l'épidémie d'Epuyén (Argentine, 2018-2019), où 3 personnes symptomatiques ont propagé l'infection à 18 autres lors d'événements sociaux.
Mais attention au contexte : la transmission inter-humaine du virus Andes représente seulement 2 à 5 % de l'ensemble des cas. Elle nécessite un contact étroit et prolongé avec une personne symptomatique — même foyer, soins directs sans protection, espace confiné. Il ne s'agit pas d'une transmission aérienne large à plusieurs mètres comme la grippe ou la COVID-19.
Voies qui n'existent pas
Trois idées reçues à écarter :
- Pas de transmission par les aliments cuits ou l'eau potable.
- Pas de transmission par les animaux domestiques (chien, chat, hamster…). Aucune étude n'a démontré que ces espèces hébergent le virus Andes ou Sin Nombre.
- Pas de transmission par les moustiques ou autres vecteurs.
Deux formes cliniques chez l'humain
Selon la souche en cause, l'hantavirus provoque deux maladies très différentes.
Le syndrome pulmonaire à hantavirus (SPH)
Le syndrome pulmonaire à hantavirus est la forme la plus sévère. Il est causé principalement par les hantavirus du Nouveau Monde — virus Sin Nombre en Amérique du Nord, virus Andes en Amérique du Sud, virus Laguna Negra au Paraguay. Le tableau clinique évolue rapidement : phase pseudo-grippale pendant 3 à 5 jours, puis détérioration brutale avec œdème pulmonaire massif et choc cardiogénique en 24 à 48 heures.
Létalité moyenne aux États-Unis : 36 % depuis 1993 (890 cas recensés par le CDC entre 1993 et fin 2023). Pour le virus Andes, elle atteint 40 %.
La fièvre hémorragique avec syndrome rénal (FHSR)
La fièvre hémorragique avec syndrome rénal est causée par les hantavirus de l'Ancien Monde — virus Hantaan, Séoul, Puumala, Dobrava. Elle touche principalement les reins, avec parfois des manifestations hémorragiques. C'est la forme majoritaire en Eurasie : 60 000 à 150 000 cas par an dans le monde, dont 70 à 90 % en Chine.
La létalité varie fortement selon la souche : moins de 1 % pour Puumala (forme européenne modérée), jusqu'à 15 % pour Hantaan en Asie.
L'épisode MV Hondius en bref
L'épisode actuel mobilise l'attention internationale parce qu'il combine plusieurs caractéristiques inhabituelles :
- Un virus Andes identifié par PCR le 3 mai 2026 chez plusieurs patients d'un navire d'expédition.
- Une transmission inter-humaine suspectée à bord, dans un milieu confiné (149 personnes pendant 40 jours).
- Une logistique sanitaire complexe : évacuations médicales depuis Sainte-Hélène et l'Afrique du Sud, débarquement à Gran Canaria coordonné OMS/ECDC, rapatriement vers 10 pays.
- Selon les premiers éléments d'enquête, le patient zéro pourrait être un passager ornithologue ayant photographié des oiseaux dans une zone de Patagonie connue pour abriter des colonies de colilargos avant l'embarquement à Ushuaia. Cette hypothèse reste à confirmer par les autorités sanitaires.
Au 11 mai 2026, le bilan officiel est de 10 cas confirmés ou probables, 3 décès, avec 195 personnes sous suivi médical actif dans 12 pays. L'OMS qualifie le risque pour la population générale de faible, malgré la transmission inter-humaine possible.
Risque pour le grand public : faible
Comme le rappelle l'OMS et l'ECDC, l'hantavirose reste une zoonose rare à l'échelle individuelle. Les facteurs qui font qu'on parle aujourd'hui beaucoup du virus Andes ne signifient pas un risque pandémique :
- La transmission inter-humaine nécessite un contact étroit et prolongé avec une personne symptomatique.
- La transmission depuis l'animal nécessite de manipuler des déjections de rongeurs dans un espace confiné.
- La période d'incubation longue (7 à 42 jours pour le virus Andes) laisse le temps aux autorités sanitaires d'identifier et de suivre les contacts.
- L'épidémiologiste Antoine Flahault (Université de Genève) a comparé la gravité du virus Andes à celle d'Ebola, mais en soulignant que son potentiel épidémique reste limité hors situations spécifiques de promiscuité.
Aucune mesure de protection (masque, distanciation) n'est imposée à la population générale française en lien avec l'épisode MV Hondius. La surveillance porte exclusivement sur les passagers rapatriés et les contacts identifiés via leurs vols de retour.
Et après ?
Comprendre ce qu'est un hantavirus, c'est aussi situer l'épisode MV Hondius dans le temps long : les hantaviroses humaines existent depuis qu'on est capable de les diagnostiquer (années 1950 pour la FHSR en Corée, 1993 pour le SPH aux États-Unis). Elles restent rares, géographiquement contraintes par la distribution des rongeurs réservoirs, et n'ont jamais provoqué de pandémie.
Le virus Andes mérite la surveillance internationale dont il bénéficie aujourd'hui — précisément parce que sa capacité de transmission inter-humaine est exceptionnelle dans la famille. Mais l'évaluation du risque pour le grand public reste, à ce jour, basse et stable.