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Hantavirus en France : cas historiques et épisode MV Hondius

État des cas d'hantavirus en France : Puumala dans l'Est, premier cas Andes confirmé le 11 mai 2026, 30 contacts identifiés via vols Sainte-Hélène / Johannesburg. Décret de quarantaine à Bichat.

L'hantavirus n'est pas une nouveauté en France. Plusieurs souches y circulent depuis des décennies. Mais l'épisode du MV Hondius marque l'arrivée d'une situation inédite : un cluster de virus Andes — la souche la plus dangereuse de la famille — à bord d'un navire de croisière, avec 5 passagers français rapatriés, 1 cas confirmé positif au 11 mai 2026, et plus de 20 contacts identifiés via les vols de retour. Synthèse à partir des sources officielles et de la presse vérifiée.

Le 11 mai 2026 : premier cas Andes confirmé en France

Le lundi 11 mai 2026 au matin, la porte-parole du gouvernement annonce sur BFM TV qu'une ressortissante française a été testée positive au virus Andes. Il s'agit de l'une des cinq personnes rapatriées la veille depuis Tenerife à bord d'un vol sanitaire affrété. Elle présentait des symptômes pendant le vol et a été placée immédiatement en isolement strict à l'hôpital Bichat (Paris 18e arrondissement) à l'arrivée.

Quelques heures plus tard, Le Monde confirme également qu'un passager américain du MV Hondius a été testé positif, portant à 8 le nombre de cas confirmés à l'échelle internationale.

Décret du 11 mai : 42 jours d'hospitalisation

Annoncé le soir du 10 mai par le Premier ministre Sébastien Lecornu sur CNews et publié au Journal officiel du 11 mai 2026, un décret formalise les mesures d'isolement applicables aux contacts du MV Hondius :

  • 42 jours d'hospitalisation à Bichat pour les 5 passagers français rapatriés — cette durée correspond à la période d'incubation maximale connue du virus Andes (7 à 42 jours).
  • Surveillance médicale active des contacts identifiés via les vols de retour.
  • Cadre juridique pour rendre ces mesures contraignantes.

Une cellule de crise se réunit à Matignon dans l'après-midi du 11 mai pour faire le point sur la situation et coordonner les autorités sanitaires (Quai d'Orsay, ARS Île-de-France, Santé publique France).

Les 30 personnes sous surveillance en France

L'effectif total sous suivi en France s'est nettement étoffé entre le 10 et le 11 mai. La porte-parole du gouvernement a précisé la chaîne de contacts :

Les 5 passagers du MV Hondius

Rapatriés à Bichat le 10 mai. Une testée positive, quatre sous surveillance hospitalière dans le cadre du décret de 42 jours.

Les 8 contacts du vol Sainte-Hélène → Johannesburg

Ce vol commercial du 25 avril 2026 transportait 8 Français aux côtés d'une passagère néerlandaise décédée ensuite en Afrique du Sud (deuxième décès de l'épisode). Ces 8 personnes sont en isolement depuis le 4 mai, soit « depuis presque une semaine » selon les mots de la porte-parole du gouvernement le 11 mai.

Les 14 contacts du vol Johannesburg → Amsterdam

Identifiés plus récemment, ces 14 Français étaient sur un vol Johannesburg → Amsterdam. Ils ont été notifiés par les autorités sanitaires et placés en auto-isolement à leur domicile.

L'entourage de la cas confirmée

Le suivi des proches de la patiente confirmée à Bichat est en cours, avec recherche des contacts à risque dans la fenêtre symptomatique.

Hypothèse de travail sur le patient zéro

Selon les premiers éléments d'enquête rapportés par la presse française et internationale, et qui restent à confirmer par les autorités sanitaires, le patient zéro de l'épidémie du MV Hondius pourrait être un passager passionné d'ornithologie. L'hypothèse repose sur trois éléments concordants :

  1. Avant l'embarquement à Ushuaia le 1ᵉʳ avril 2026, plusieurs passagers ont prolongé leur séjour en Patagonie argentine et chilienne — région endémique du virus Andes.
  2. Une zone de décharge sauvage située à proximité d'un site d'observation ornithologique aurait été visitée par ce passager dans les semaines précédentes. Cette décharge abrite des colonies de colilargos (Oligoryzomys longicaudatus), le réservoir principal du virus Andes.
  3. Le passager cherchait à photographier un cormoran à bec blanc, oiseau endémique de cette zone difficile d'accès.

Si cette piste se confirme, elle illustrerait un schéma classique d'émergence zoonotique : un comportement humain (intrusion dans un habitat naturel à forte densité de rongeurs) crée une exposition exceptionnelle à un virus normalement cantonné à un cycle animal. Le syndrome pulmonaire à hantavirus s'est ensuite développé pendant la traversée (la période d'incubation pouvant atteindre 42 jours), au moment où le navire était déjà loin de tout port médicalisé.

Cette hypothèse n'a pas encore fait l'objet d'un communiqué officiel des autorités sanitaires françaises ou de l'OMS. Elle est mentionnée dans plusieurs articles de presse comme piste d'investigation prioritaire.

Pas le premier hantavirus en France — mais le premier Andes

Les hantavirus circulent en France depuis longtemps, sous une forme bien moins grave que le virus Andes. Le virus Puumala, transmis par le campagnol roussâtre (Myodes glareolus), est responsable d'une néphropathie épidémique principalement observée dans :

  • Franche-Comté (notamment le Doubs)
  • Alsace
  • Champagne-Ardenne
  • Picardie

Plusieurs dizaines de cas sont diagnostiqués chaque année, principalement dans des zones forestières chez des personnes ayant manipulé du bois de chauffage, nettoyé un grenier ou une cabane forestière. La maladie se présente comme une fièvre fébrile avec atteinte rénale modérée, le plus souvent réversible. La létalité est inférieure à 1 % (donnée CDC). Pas de cas de transmission inter-humaine n'a jamais été documenté pour le virus Puumala.

L'épisode MV Hondius est donc le premier épisode de virus Andes identifié en France — souche jusqu'ici endémique à la seule Argentine et au Chili, et beaucoup plus dangereuse (létalité 40 % vs < 1 % pour Puumala).

« Aussi grave qu'Ebola » : la mise en perspective de Flahault

Dans une interview au Parisien le 11 mai 2026, l'épidémiologiste Antoine Flahault (Université de Genève) a fait une comparaison frappante : « L'hantavirus des Andes est aussi grave que le virus Ebola. » Le rapprochement vise à attirer l'attention sur la gravité individuelle de l'infection :

  • Létalité du virus Andes : ~40 %
  • Létalité d'Ebola (selon les souches) : 25 à 90 %, en moyenne ~50 %

Mais cette comparaison s'arrête là. Comme Ebola, le virus Andes :

  • Nécessite un contact étroit et prolongé pour la transmission inter-humaine (pas de transmission aérienne large)
  • Est rare : 2 à 5 % des cas seulement passent d'humain à humain pour Andes
  • Permet une surveillance active des contacts pendant la période d'incubation, ce qui rompt les chaînes de transmission

L'évaluation OMS du risque pour la population française reste donc faible. Aucune mesure barrière n'est imposée à la population générale. La surveillance porte exclusivement sur les 30 personnes identifiées comme contacts à risque.

Que faire en France ?

Pour la population générale

Aucune mesure spécifique requise. Pas de masque, pas de distanciation, pas de modification d'activité. Les hantaviroses ne se transmettent pas par contact bref ou en milieu urbain ouvert.

Pour les personnes en contact MV Hondius

Vous étiez passager du MV Hondius, vous étiez sur l'un des deux vols cités (Sainte-Hélène → Johannesburg le 25 avril, Johannesburg → Amsterdam fin avril) ou vous êtes un proche identifié :

  • Vous êtes déjà ou allez être contacté par votre ARS ou par Santé publique France.
  • Surveillez votre température quotidiennement pendant 42 jours après la dernière exposition.
  • Au moindre signe (fièvre, céphalées, douleurs musculaires, essoufflement) : appelez le 15 ou le 112, et mentionnez immédiatement votre exposition au MV Hondius ou aux vols cités.
  • N'allez pas en salle d'attente sans avoir signalé : un protocole d'accueil isolé est prévu.

Pour les zones rurales à risque Puumala

Si vous habitez ou travaillez dans des zones forestières du Doubs, d'Alsace ou de Franche-Comté et que vous manipulez du bois de chauffage ou nettoyez des locaux fermés :

  • Ventilez avant d'intervenir
  • Portez un masque FFP2 et des gants
  • Pulvérisez une solution diluée d'eau de Javel (1:9) avant de balayer
  • Ne balayez pas à sec, n'aspirez pas : utilisez de l'eau de Javel + papier absorbant

Le virus Puumala reste rare mais sa circulation est bien documentée en France.

Et après ?

L'épisode MV Hondius est encore en cours au 11 mai 2026. Les résultats des tests PCR sur les 4 passagers asymptomatiques de Bichat sont attendus. Les conclusions de la cellule de crise de Matignon sont prévues dans l'après-midi. La surveillance des 30 personnes en France s'étend jusqu'à fin juin 2026 au minimum.

HantaTracker met à jour cette page à chaque évolution officielle, avec sources vérifiées. La page Focus France sur l'accueil et la page Protocole France complètent ce dossier.

Sources

  1. Hantavirus à bord du MV Hondius — Une Française testée positive (porte-parole du gouvernement)BFM TV (11 mai 2026)
  2. En direct, hantavirus : un passager américain du MV Hondius testé positif, le décret sur les mesures d'isolement des passagers français publiéLe Monde (11 mai 2026)
  3. Hantavirus sur un navire de croisière : 20 cas contacts identifiés en FranceMidi Libre (11 mai 2026)
  4. L'hantavirus des Andes est aussi grave que le virus Ebola, juge l'épidémiologiste Antoine FlahaultLe Parisien (11 mai 2026)
  5. Cas d'hantavirus à bord du navire MV Hondius — Évacuation des ressortissants françaisFrance Diplomatie
  6. Décret de Sébastien Lecornu sur les mesures d'isolement adaptéesCNews (10 mai 2026)