L'épidémie du MV Hondius a ramené une question récurrente sur le devant de la scène : pourquoi, alors que des vaccins ont été développés en un temps record contre le COVID-19, n'existe-t-il toujours pas de vaccin contre l'hantavirus des Andes ? La réponse tient moins à la science qu'à une équation épidémiologique et économique difficile à résoudre.
Aucun vaccin homologué contre le virus Andes
Disons-le d'emblée : à ce jour, aucun vaccin n'est homologué contre le virus Andes, ni plus largement contre le syndrome pulmonaire à hantavirus (SPH), que ce soit aux États-Unis, en Europe ou en Amérique latine.
Cette absence peut surprendre, car des vaccins anti-hantavirus existent… mais ailleurs, et contre d'autres virus. En Corée du Sud, le vaccin inactivé Hantavax est utilisé depuis des décennies. En Chine, des vaccins inactivés (dérivés de cerveau de rongeur puis, plus récemment, de culture cellulaire) sont administrés à grande échelle. Mais ces vaccins ciblent les virus Hantaan et Seoul, responsables en Asie et en Europe de la fièvre hémorragique avec syndrome rénal (FHSR) — une maladie distincte du SPH américain. Ils ne protègent pas contre le virus Andes.
Un candidat à ADN qui a fait ses preuves… en phase 1
La recherche n'est pas pour autant à l'arrêt. Le candidat le plus avancé contre le virus Andes est un vaccin à ADN développé par l'USAMRIID, l'institut de recherche médicale de l'armée américaine sur les maladies infectieuses (Fort Detrick, Maryland).
Son principe : faire produire par l'organisme les deux glycoprotéines d'enveloppe du virus (Gn et Gc), afin d'entraîner le système immunitaire à les reconnaître. L'étude de phase 1, publiée en 2024, a livré des résultats encourageants :
- 48 adultes en bonne santé, répartis en quatre cohortes (doses de 2 ou 4 mg, schémas à 3 ou 4 injections) ;
- administration sans aiguille, par injection sous pression (système PharmaJet Stratis) ;
- 88 à 90 % des participants des cohortes les mieux dosées ont développé des anticorps neutralisants (67 % dans la cohorte la moins dosée) ;
- conclusion des auteurs : un vaccin « sûr » induisant une réponse immunitaire « robuste et durable ».
C'est un jalon réel — mais une phase 1 ne mesure que la sécurité et la réponse immunitaire, pas l'efficacité réelle pour prévenir la maladie. Et c'est précisément là que la route se bloque.
Le vrai obstacle : pas assez de malades pour prouver que ça marche
Pour homologuer un vaccin, il faut une phase 3 : démontrer, sur une grande population, que les vaccinés tombent significativement moins malades que les non-vaccinés. Or le SPH est une maladie rare et sporadique. Le virus Andes provoque quelques centaines de cas par an, dispersés dans de vastes zones rurales d'Amérique du Sud.
Conséquence : pour observer assez de cas et prouver une efficacité, il faudrait recruter des dizaines de milliers de personnes dans les régions à risque — typiquement la Patagonie — et les suivre pendant des années. Un tel essai est d'une lourdeur logistique et d'un coût considérables, pour un marché commercial étroit. C'est l'analyse que résumait Der Spiegel le 18 mai 2026 sous un titre éloquent : « comment le manque d'argent et l'absence de patients freinent le développement ».
Autrement dit : ce n'est pas que la science ne sait pas faire de vaccin — c'est qu'il est très difficile de prouver qu'il fonctionne, faute d'un nombre suffisant de malades à protéger.
Ce que l'épisode du MV Hondius pourrait changer
Une flambée médiatisée comme celle du MV Hondius peut rebattre les cartes en ravivant l'intérêt scientifique et le financement. Plusieurs pistes restent ouvertes : optimisation du candidat à ADN, plateformes à acides nucléiques (dont l'ARN messager) explorées contre les hantavirus, et travaux menés notamment en Argentine, où des équipes hospitalières cherchent depuis des années un vaccin adapté aux souches sud-américaines (France Info, 21 mai 2026).
Mais il faut rester mesuré : aucun produit homologué n'est attendu à court terme. Dans l'immédiat, la prévention repose sur ce qui fonctionne déjà — éviter l'exposition aux rongeurs réservoirs et à leurs déjections, et appliquer des protocoles stricts en cas de contamination.
Et le traitement ?
Le constat est voisin côté thérapeutique : il n'existe pas d'antiviral spécifique homologué contre le SPH. La prise en charge reste symptomatique — assistance respiratoire et, dans les formes graves, recours à l'ECMO (oxygénation par membrane extracorporelle), comme pour la patiente française hospitalisée à Bichat. D'où l'importance du diagnostic précoce et de la surveillance des personnes exposées pendant toute la période d'incubation.
Ce qu'il faut retenir
- Aucun vaccin homologué contre l'hantavirus des Andes / le SPH, ni en Amérique ni en Europe.
- Les vaccins existants (Hantavax en Corée, vaccins inactivés en Chine) visent d'autres souches (FHSR asiatique), pas le virus Andes.
- Un candidat à ADN de l'USAMRIID a réussi une phase 1 (88-90 % de répondeurs en anticorps neutralisants, sécurité confirmée).
- Le blocage est logistique et économique : maladie trop rare pour monter un essai d'efficacité de phase 3 réaliste.
- Pas de vaccin attendu à court terme ; la prévention repose sur l'évitement des rongeurs et les protocoles d'EPI/désinfection.
Pour comprendre la maladie et sa prise en charge, voir symptômes et traitement de l'hantavirus. Sur la décontamination après exposition, lire pourquoi on détrempe au lieu de balayer.