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Les autres souches d'hantavirus dans le monde

Panorama des principales souches d'hantavirus humaines : Sin Nombre, Puumala, Hantaan, Seoul, Dobrava-Belgrade. Géographie, réservoirs, syndromes (SPH vs FHSR), létalité comparée.

L'hantavirus du MV Hondius — le virus Andes — n'est qu'une espèce parmi 38 dans la classification ICTV 2024 du genre Orthohantavirus. La famille Hantaviridae regroupe à l'échelle mondiale 60 virus distincts associés à des rongeurs et des insectivores (musaraignes, taupes) spécifiques. Cette page est un panorama des principales souches qui causent des maladies humaines, leur géographie, leur sévérité clinique et leurs réservoirs animaux.

Deux grandes familles cliniques

Avant de détailler les souches, retenir une distinction clinique cardinale qui structure toute l'épidémiologie mondiale des hantaviroses humaines :

1. Syndrome pulmonaire à hantavirus (SPH)

  • Géographie : Amériques (Nord et Sud).
  • Souches principales : Sin Nombre (USA, Canada), Andes (Argentine, Chili), Bayou, Black Creek Canal, Laguna Negra, Choclo.
  • Cible biologique : poumons. Œdème pulmonaire lésionnel massif et choc cardiogénique.
  • Létalité : élevée, 30 à 40 %.
  • Réservoirs : rongeurs Sigmodontinae (souris sylvestre, colilargo, rats des marais).

2. Fièvre hémorragique avec syndrome rénal (FHSR)

  • Géographie : Eurasie (Russie, Scandinavie, Balkans, Chine, Corée).
  • Souches principales : Hantaan, Seoul, Puumala, Dobrava-Belgrade, Saaremaa.
  • Cible biologique : reins. Hémorragies, insuffisance rénale aiguë.
  • Létalité : variable selon la souche, de < 1 % à 15 %.
  • Réservoirs : rongeurs Murinae (mulot rayé, rat surmulot, campagnol roussâtre).

Une troisième forme, plus rare, est la nephropathia epidemica (NE) — variante atténuée de la FHSR, surtout liée au virus Puumala en Europe du Nord et en Russie.

Souches américaines (SPH)

Virus Sin Nombre (SNV) — Orthohantavirus sinnombreense

  • Distribution : ouest de l'Amérique du Nord, du Mexique à l'Alaska. Pic d'incidence dans la région des Four Corners (Arizona, Colorado, Nouveau-Mexique, Utah), où la maladie a été identifiée en 1993.
  • Réservoir : souris sylvestre (Peromyscus maniculatus).
  • Cas humains : entre 30 et 50 cas confirmés par an aux États-Unis selon le CDC.
  • Létalité : 30 à 35 %.
  • Transmission inter-humaine : non documentée.
  • Comparaison avec Andes : génome très proche (~ 80 % de similarité), même syndrome clinique, létalité légèrement plus basse.

Virus Andes (ANDV) — Orthohantavirus andesense

Voir l'article dédié au virus Andes pour les détails complets. En bref :

  • Distribution : sud de l'Amérique du Sud (Argentine, Chili).
  • Réservoir : colilargo (Oligoryzomys longicaudatus).
  • Létalité : ~ 40 %.
  • Particularité : seul hantavirus pour lequel la transmission inter-humaine est documentée par une étude formelle (NEJM 2020, épidémie d'Epuyén).

Virus Bayou, Black Creek Canal, Laguna Negra

Souches américaines mineures, responsables d'un petit nombre de cas chacune :

Souche Réservoir Distribution Cas/an
Bayou (O. bayoui) Rat des marais (O. palustris) Sud-Est USA (Louisiane, Floride) < 5
Black Creek Canal Rat coton (Sigmodon hispidus) Sud-Est USA < 5
Laguna Negra Rongeur de Patagonie Paraguay, Bolivie, Argentine quelques dizaines
Choclo Oligoryzomys fulvescens Panama quelques

Toutes provoquent un SPH avec une létalité comparable au virus Sin Nombre (30 à 40 %).

Souches eurasiennes (FHSR)

Virus Hantaan (HTNV) — Orthohantavirus hantanense

  • Distribution : Asie de l'Est (Chine, Corée, Russie d'Extrême-Orient). Forme la plus sévère de FHSR.
  • Réservoir : mulot rayé (Apodemus agrarius).
  • Cas humains : la Chine seule rapporte plusieurs dizaines de milliers de cas confirmés par an (le pays le plus touché au monde par les hantaviroses humaines, toutes souches confondues). Le virus tient son nom du fleuve Hantan, en Corée du Sud, où il a été isolé pour la première fois en 1976.
  • Létalité : 5 à 15 %.
  • Vaccin : un vaccin inactivé (Hantavax®) est utilisé en Corée du Sud.

Virus Seoul (SEOV) — Orthohantavirus seoulense

  • Distribution : mondiale, suit la dispersion des rats commensaux. Présent partout où vivent des Rattus norvegicus (rats bruns).
  • Réservoir : rat surmulot (Rattus norvegicus), rat noir (R. rattus).
  • Particularité : seul hantavirus à avoir une distribution mondiale dans les zones urbaines, à cause de la commensalité de ses réservoirs.
  • Létalité : < 1 % (forme la plus modérée de FHSR avec Puumala).
  • Cas humains : sporadiques presque partout, plus fréquents en Asie de l'Est.

Virus Puumala (PUUV) — Orthohantavirus puumalaense

  • Distribution : Europe du Nord (Suède, Norvège, Finlande), pays baltes, Russie d'Europe, ouest de l'Europe centrale, France (Ardennes, Lorraine, Franche-Comté).
  • Réservoir : campagnol roussâtre (Myodes glareolus), abondant dans les forêts mixtes européennes.
  • Cas humains : la France enregistre entre 70 et 200 cas confirmés par an (Santé publique France), avec des pics cycliques liés aux fluctuations de la population de campagnols. C'est l'hantavirose humaine la plus fréquente en France métropolitaine.
  • Létalité : < 0,5 % (forme atténuée, dite nephropathia epidemica).
  • Tableau clinique : fièvre + insuffisance rénale aiguë transitoire, le plus souvent réversible.

Voir l'article « Hantavirus en France » pour le détail de la situation française.

Virus Dobrava-Belgrade (DOBV) — Orthohantavirus dobravaense

  • Distribution : Balkans (Slovénie, Bosnie, Serbie, Macédoine), Europe centrale et orientale (Hongrie, Slovaquie, Allemagne de l'Est, Russie).
  • Réservoir : mulot à collier (Apodemus flavicollis), mulot rayé (A. agrarius) selon les sous-types.
  • Létalité : 5 à 12 % (forme sévère de FHSR, comparable à Hantaan).
  • Cas humains : quelques centaines par an pour l'ensemble de la zone endémique.

Virus Saaremaa (SAAV)

Souche apparentée à Dobrava, distribuée en Estonie, Russie d'Europe, Allemagne et Scandinavie. Forme clinique plus modérée que Dobrava (létalité < 1 %, proche de Puumala).

Souches émergentes et atypiques

Le genre Orthohantavirus continue à s'enrichir : la révision taxonomique ICTV 2024 a reclassé plusieurs souches précédemment considérées comme variants, et de nouvelles séquences sont décrites régulièrement chez des hôtes non-rongeurs (musaraignes, taupes) :

  • Hantavirus de Thottapalayam (Inde) — premier hantavirus isolé chez une musaraigne (Suncus murinus), pas de cas humain documenté.
  • Hantavirus de Nova (Eurasie) — chez les taupes (Talpa), pas de cas humain documenté.
  • Hantavirus de Khabarovsk, Tula, Topografov, Vladivostok (Russie, Asie) — chez divers rongeurs, cas humains très rares ou non confirmés.

Ces souches sont surveillées pour leur potentiel zoonotique mais ne contribuent pas significativement à la charge de maladie humaine actuelle.

Tableau récapitulatif

Souche Espèce ICTV Syndrome Géographie Réservoir Létalité
Andes O. andesense SPH AR, CL Colilargo ~ 40 %
Sin Nombre O. sinnombreense SPH USA, CA, MX Souris sylvestre 30-35 %
Hantaan O. hantanense FHSR CN, KR, RU Mulot rayé 5-15 %
Dobrava O. dobravaense FHSR Balkans, Europe centrale Mulot à collier 5-12 %
Puumala O. puumalaense NE (FHSR atténuée) Europe N, RU, FR Campagnol roussâtre < 0,5 %
Seoul O. seoulense FHSR modérée Mondiale (urbain) Rat surmulot < 1 %
Saaremaa O. saaremaaense FHSR modérée Europe N Mulot rayé < 1 %
Bayou O. bayoui SPH Sud-Est USA Rat des marais 30-40 %
Laguna Negra O. lagunanegraense SPH PY, BO, AR Rongeurs Patagonie 30-40 %

Distribution mondiale de la charge de maladie

  • Chine : ~ 20 000 à 100 000 cas confirmés par an, principalement Hantaan + Seoul (provinces de Heilongjiang, Jilin, Liaoning, Shaanxi, Shandong, Hubei). Le pays le plus touché au monde, et de loin.
  • Russie : plusieurs milliers de cas/an, mix Puumala + Dobrava.
  • Scandinavie + pays baltes : centaines de cas/an, Puumala dominant.
  • Europe occidentale : France, Allemagne, Belgique — quelques centaines de cas/an, Puumala.
  • Balkans : centaines de cas/an, Dobrava + Puumala.
  • Amérique du Nord : 30-50 cas/an aux USA (Sin Nombre), quelques cas/an au Canada.
  • Amérique du Sud : < 100 cas/an (Argentine + Chili), Andes dominant.

Le cluster MV Hondius 2026 reste exceptionnel à deux égards : (1) il documente le premier cluster maritime pour un hantavirus, (2) il combine virus Andes et transmission inter-humaine à bord d'un environnement confiné de 149 personnes pendant 40 jours, ce qui n'avait jamais été observé jusqu'ici.

Pour aller plus loin

Sources

  1. ICTV Virus Taxonomy Profile: Hantaviridae 2024International Committee on Taxonomy of Viruses (ICTV) (4 avril 2024)
  2. Genus: Orthohantavirus — liste complète des 38 espècesICTV
  3. About HantavirusCenters for Disease Control and Prevention (CDC)
  4. Reported Cases of Hantavirus DiseaseCDC
  5. Factsheet on orthohantavirus infectionsEuropean Centre for Disease Prevention and Control (ECDC)
  6. Fact sheet HantavirusOrganisation mondiale de la santé (OMS)
  7. Zoonotic Hantaviridae with Global Public Health SignificanceViruses (MDPI), 2023